Livres sur la Shoah
Ce sont deux livres essentiels. Représentatifs des recherches que mènent les historiens pour la connaissance de la Shoah. Parus à quelques semaines d’intervalle, ils apportent aux lecteurs français une pierre considérable à la connaissance des années de persécution et d’extermination des Juifs d’Europe.
Saul Friedländer : L’Allemagne nazie et les Juifs 1933-1945
« Bodenlose Schweinerei » (profondément répugnant). C’est en ces termes qu’à la fin de l’été 1941, le Gauleiter Wilhem Kube, haut responsable de l’appareil nazi en Biélorussie, se plaint des agissements des unités de la SS. S’il ne trouve rien à redire à l’extermination des Juifs qui a commencé dès l’offensive allemande en URSS lancée le 22 juin précédent, il est choqué des méthodes employées : il évoque notamment le fait qu’on leur arrache les dents en or avant de les massacrer (...)
Un an plus tard, été 42. Dans son journal, un sous-officier de l’armée allemande stationné en Pologne, note qu’il a questionné un policier sur un convoi de trente-huit wagons à bestiaux transportant des Juifs. « Quand je lui ai demandé jusqu’où ils allaient, il a répondu : Belzec. - Et ensuite ? - Poison. - Gaz ? ai-je demandé. Il a haussé les épaules. Puis, il s’est contenté de dire : Au début, ils les abattaient toujours, je crois" ».
Deux anecdotes saisies par Saul Friedländer dans la somme magistrale, L’Allemagne nazie et les Juifs 1933-1945, que publie les éditions du Seuil. Un travail mené depuis plusieurs décennies dans la continuité des recherches pionnières de Raoul Hilberg (mort en août dernier) et qui permet de dessiner avec davantage de précisions les engrenages ayant mené à l’extermination.
Christopher R. Browning : Les origines de la Solution finale
Les origines de la Solution finale (Les Belles Lettres), Christopher R. Browning, autre historien américain, les détecte dès septembre 1939 avec l’invasion de la Pologne « laboratoire de la politique raciale ». C’est ici que sont menés les premiers massacres qui se développent à grande échelle sur le front russe. Avec la complicité (la participation) des Allemands « ordinaires », qu’ils fussent tueurs des bataillons de police qui suivaient les troupes d’assaut, membres de l’administration, des trains par exemple, responsables de la hiérarchie militaire ou nazie. L’extermination systématique (gaz, crémation) n’est conceptualisée et mise en oeuvre qu’à partir de la fin 1941 début 1942. Quand Berlin considère que les massacres à la mitrailleuse et l’enfouissement dans les fosses communes ne sont plus suffisants, et traumatisants pour les bourreaux.
Saul Friedländer. Edition Seuil
« L’Allemagne nazie et les Juifs ».
« Les années de persécution », 529 p, 26 E,
« Les années d’extermination », 1 028 p, 32 E.
Christopher R. Browning. Edition Les Belles lettres
« Les origines de la Solution finale », 631 p, 35 E.
Article écrit par PAR JEAN-MARIE DUHAMEL
Source : Lavoixdunord.fr