Miracle at St. Anna
DEAUVILLE (AFP) - 14.09.08 - En parcourant les allées des cimetières du débarquement en Normandie, le réalisateur américain Spike Lee a pu, une nouvelle fois, souligner le rôle des soldats noirs américains dans la libération de l'Europe de la tyrannie nazie.
La contribution de ces soldats, oubliés de l'Histoire, est au centre du nouveau film de Spike Lee, "Miracle at St. Anna", présenté cette semaine au Festival du film américain de Deauville.
"J'ai été surpris de voir que des Afro-Américains sont enterrés ici aussi", a-t-il confié après avoir visité les impressionnants cimetières de Normandie, où reposent des milliers de soldats qui tombèrent lors du débarquement allié du 6 juin 1944.
Ce Jour J et d'autres batailles épiques de la Deuxième guerre mondiale ont été narrés dans nombre de films, a expliqué le réalisateur noir américain. Mais presque tous mettent en scène des soldats blancs, a-t-il ajouté.
Le nouveau film de Spike Lee suit un groupe de quatre soldats noirs américains, engagés en 1944 en Toscane et pris au piège, avec leur division, derrière les lignes ennemies. A la fois violent et sensible, il décrit la camaraderie entre les quatre hommes, les tensions avec les villageois toscans, et le racisme des commandants de l'armée américaine.
"Ce film démolit la mythologie hollywoodienne sur la Deuxième guerre mondiale en général. Cette mythologie exclut 1,1 million d'Africains-Américains qui se battirent et moururent pendant la guerre", a-t-il dit.
L'auteur de films sur la communauté noire américaine, comme "Malcolm X" ou "Do the right thing" reconnaît une similitude entre son oeuvre et le film français "Indigènes" qui, en 2006, avait fait découvrir au grand public le rôle des soldats nord-africains dans l'armée française.
"C'est un exemple de film qui a eu un impact sur la vie réelle. Les anciens combattants (nord-africains) eurent finalement les mêmes pensions de guerre que les soldats blancs'", a-t-il ajouté.
Le film, réalisé par Rachid Bouchareb avec Jamel Debbouze, l'une des stars françaises issues de l'immigration, avait suscité l'émotion et le gouvernement français avait dû revaloriser des pensions de guerre des anciens combattants d'Afrique du Nord et d'Afrique noire.
"Miracle at St. Anna", qui dure plus de 2H30, est tiré d'un roman de James McBride, impliqué dans le scénario du film. Il s'agit de son premier film de guerre et de son premier long-métrage tourné hors des Etats-Unis.
Lors de son passage à Deauville, Spike Lee a affirmé que son travail ces dernières années était "en filiation directe avec le cinéma néo-réaliste italien d'après-guerre" et cité des films comme "le Voleur de bicyclette", "Allemagne Année zéro" ou encore "Rome ville ouverte".
Jusqu'à présent, "Miracle at St. Anna", présenté la semaine dernière au festival du film de Toronto, n'a pas vraiment convaincu la critique. Le magazine Hollywood Reporter a fustigé un "mélange sans saveur de sentimentalisme et de mélodrame". Le quotidien de Dublin Irish Times a décrit "un film laborieux qui traîne déraisonnablement en longueur et s'approche des trois heures", ajoutant qu'il faisait "pâle figure" face à "Indigènes".
Le film sortira le 26 septembre en Amérique du Nord, et un mois plus tard en Europe.
Article écrit par Rory MULHOLLAND
Source : Yahoo.fr